Carnet de route

EXPEDITION HIMLUNG HIMAL OCTOBRE NOVEMBRE 2013

Sortie :  Expé himalayenne au Himlung-Himal 7126 mètres du 06/10/2013

Le 21/12/2013 par BOEHM FRANCOIS

 

EXPEDITION HIMLUNG HIMAL OCTOBRE NOVEMBRE 2013

 

Nous sommes à la mi-Août 2011, derniers jours d’un fabuleux trek dans les montagnes de l’ancien royaume du Mustang, coincé entre Népal et Tibet. Une idée fait son chemin dans l’esprit de trois d’entre nous.  (Marc, Jean-Jacques, et François l’auteur de ce récit ) Nous avons envie de revenir au Népal, mais cette fois pour faire l’ascension d’un sommet de plus de 7000 mètres, en clair, une véritable expédition Himalayenne. Mulal, notre guide et ami, nous aiguillonne vers le Himlung Himal 7126 mètres, situé au Nord-est des Annapurnas, et au Nord-Ouest du Manaslu, dans la vallée reculée du Naar – Phu, à cheval sur le Tibet. Rendez-vous est pris pour Octobre 2013.

Le grand départ

Samedi 5 octobre 2013. Deux ans se sont écoulés, deux ans de préparation physique, mentale, financière, logistique. Beaucoup d’aléas aussi, Marc qui nous conduit à Strasbourg, ne sera pas des nôtres, pour cause de contraintes professionnelles. Son moral n’est pas au beau fixe, mais il réagit en montagnard endurci. Par contre nous héritons de la compagnie de Vincent et Valérie, un couple d’Altkirch, ainsi que de Pascal d’Hipsheim dans le Bas-Rhin. Nous ne les avons rencontrés qu’une fois, l’impression était bonne, ce sont de bons montagnards qui comme nous, sont déjà montés à plus de 6000 mètres d’altitude. Le caractère reste un point d’interrogation. Jean-Jacques et moi, nous nous connaissons depuis belle lurette et de ce côté je ne me fais pas de soucis, pour les trois autres l’avenir nous renseigneras.

Notre trajet jusqu’à Katmandou s’effectue sans problème et nous sommes accueillis à l’aéroport par notre ami Kiran. Collier de fleurs odorantes, transfert à l’hôtel Manaslu et nous retrouvons avec plaisir Mulal, guide et patron de l’agence Churen Himal. En attendant nos trois compagnons qui arriveront dans quelques heures avec un autre vol, nous nous rendons au ministère de la culture pour un briefing et la signature des conventions. Présentation de notre officier de liaison, censé contrôler le bon déroulement de notre expé et le respect de l’environnement. Je préfère ne pas m’étendre sur ce sujet, et pourtant…

Un peu de tourisme

Une nuit de repos et nous voilà frais et dispos pour affronter la pollution et le bruit de Katmandou. Auparavant Miss Honney, l’honorable journaliste qui avait interviewé à son époque Edmund Hillary, nous rejoint à notre hôtel pour une série de questions, et elle nous fait part de son intention de nous revoir à notre retour.

C’est avec plaisir que nous  retrouvons nos trois compagnons.

Nous empruntons un mini taxi, six personnes dans cette caisse à savon cela vaut le coup d’œil, surtout quand nous rampons hors de l’habitacle. Nous visitons Swayambhu, c’est un temple perché sur une colline, ont accède à son sommet par un long escalier, également emprunté par des singes, pas farouche pour deux sous. Le Népal célèbre trois jours durant de grandes fêtes religieuses et nous assistons aux prières, ainsi qu’aux offrandes de pétales de fleurs, d’encens, de riz, et de billets de banque aux divinités, qui soit-disant n’apprécient pas les nombreux sacrifices d’animaux effectués à cette occasion. Par la suite nous constaterons que les fêtes religieuses sont aussi prétexte à de nombreux sacrifices de bouteilles d’alcool.

Le soir Mulal nous emmène dans un restaurant Thaïlandais et nous offre le repas de bienvenue agrémenté d’un spectacle de danse.

Transfert et marche d’approche

Après un copieux petit déjeuner au Manaslu, nous embarquons dans notre bus pour un trajet de 7 heures jusqu’à Bhulbhule. Les derniers kilomètres sont très sport sur une piste défoncée.

Nous plantons notre premier camp dans un beau pré et faisons connaissance avec notre équipe de Népalais tout en appréciant un bon apéro en commun.

Jeudi 10 novembre, il est 7h30mn, nous prenons le départ de notre longue marche d’approche à travers rizières et champs de cultures, accompagné du chant ou du crissement d’ailes d’une espèce de cigale. Le chemin que nous empruntons est celui du tour des Anapurnas. Notre caravane se compose de 21 mules lourdement chargées, et 14 Népalais. Tout ça pour les cinq petits français, que nous sommes fiers d’être. Tout de même, de quoi se faire remarquer, surtout à l’arrivée dans un village. Il fait chaud et nous suons à grosses gouttes, mais à Jagat notre lieu de campement, nous avons la possibilité de nous doucher, quel luxe !!!

Au fil des jours et de la montée en altitude, le paysage champêtre fait place à la forêt. Nous apercevons des singes à la grosse encolure de poils blancs. Le torrent que nous allons désormais longer quotidiennement, gronde sourdement. Le Manaslu, un sommet de plus de 8000 mètres s’offre à notre vue dans l’échancrure des nuages et le Nagdi-Chuli en profite pour l’imiter. Kissan, notre guide de quelques jours nous entraîne dans des répliques en Népalais du genre : Rhagnoo !!! Alou !!! Ne cherchez pas à comprendre ! Mais ces deux cris gutturaux nous accompagnerons tout au long de notre périple. A une halte déjeuners nos porteurs entament ma chanson préférée : Resham Qui- Ri- Ri !!!

Toute cette ambiance nous mène à Koto et nos tentes sont plantées, après avoir viré gentiment la mémé, qui complètement pompette, était allongée dans l’herbe. Il est vrai qu’elle avait comme excuse les festivités religieuses de ces trois derniers jours, et des sacrifices les accompagnant… Notre camp situé à 2600 mètres est dominé par l’imposante chaîne des Annapurnas, et notre équipe népalaise à l’air de se plaire en notre compagnie et attribue les premiers surnoms de Benadjiou et Didie à Vincent et Valérie.

La vallée de Naar-Phu

Dimanche 13 octobre, nous quittons définitivement le chemin du tour des Annapurnas, pour nous engager dans la vallée de Naar-Phu, en empruntant un sentier taillé dans la roche et surplombant le torrent tumultueux. Les premiers pins bleutés de l’Everest font leurs apparitions. Une roche sombre nous accueille pour le déjeuner, et les singes sautant dans les arbres nous divertissent. Le temps est vraiment maussade, c’est  probablement la vengeance d’une divinité suite aux nombreux sacrifices. Kharma Sherpa, prie en sourdine à son passage devant un grand Chorten, mais cela n’empêche pas la pluie de se mettre de la partie, juste à notre arrivée à Meta. Mulal décide que nous logerons en lodge pour cette nuit, et nous sommes accueillis autour du feu, dans la cuisine de la propriétaire, qui nous sert un thé agrémenté de maïs grillé. Nos altimètres affichent 3600 mètres et cela ne nous dérange guère. Ce soir nous dînons comme des rois, juger plutôt : Soupe et chips, galettes de légumes croustillants, haricots verts, carottes, choux-fleurs, salade mixte, dhalbate, frites, un gros légume farci dont j’ignore le nom et en dessert, ananas suivi d’un thé, ouf !!!

META et PHU

Il a plu toute la nuit, la neige a blanchi les montagnes environnantes dès les 4000 mètres. C’est sans entrain que nous plions bagages. Au petit déjeuner, la pluie commence à goutter dans notre salle à manger, le toit recouvert de terre n’est pas des plus étanches. Mulal décide de prendre une journée de repos, nous approuvons chaleureusement et défaisons vite fait nos affaires. Nous tuons le temps à farfouiller dans nos sacs, à prendre le café à 10h30, suivi immédiatement de l’apéro et d’une bonne sieste après le repas. Le grondement de plusieurs avalanches tout la-haut se fait entendre. Que peuvent bien faire des montagnards bloqués par le mauvais temps ? Jouer aux cartes ? Eh bien oui! Nous allons tout simplement débuter ce qui va devenir une habitude presque quotidienne : La Belote.

Il a encore plu toute la nuit et cela continue. Comme hier nous faisons, puis défaisons nos affaires, pas questions de continuer notre avancée avec ce temps pourri. Une petite partie de belote et pour nous dégourdir les jambes nous partons visiter un gompas, ( temple) à une heure de marche. La couche nuageuse s’abaisse encore si c’est possible, rien d’autre à faire que de taper le carton.

Cinq heures du matin, je me réveille en sursaut, la pluie traverse notre plafond, mon sac de couchage est mouillé. Cette fois c’en est trop, nos compagnons connaissent la même inondation dans leurs chambres. Nous plions bagages pour de bon dès après le petit déjeuner et c’est sous une fine pluie que nous quittons ce lodge percé de toute part. Curieusement, après une petite heure de marche, la pluie cesse enfin et nous avançons d’un bon pas. Sur le beau plateau de Chiarkku, de nombreux yacks font leurs apparitions, ils sont descendus de leur pâturage d’altitude à cause du mauvais temps. Oh ! Miracle, le ciel se dégage pendant la pause déjeuner à Kiang. Le sentier s’enfonce et serpente, tantôt dans les profondeurs, tantôt sur les hauteurs de magnifiques gorges à la profondeur vertigineuse, pour déboucher après quelques bonnes heures de marche en vue du village de Phu, perché sur un éperon rocheux à 4000 mètres d’altitude. Ce village est tellement retiré et éloigné de toute civilisation que même le roi du Népal en ignorait son existence. Ce sont des bergers qui l’on découvert par hasard, et en ont fait part à leur souverain, qui s’est empressé de venir en hélicoptère salué ses habitants. Les maisons de construction tibétaine, ressemblent assez aux maisons du Mustang, groupées, assemblées les unes aux autres en de petits fortins, repliées sur elle-même comme pour se protéger de la froidure de l’hiver, leurs provisions de bois consciencieusement rangés sur les toits en terrasse. Montant et descendant les petites ruelles, nous en faisons le tour, saluant une femme semblant sortir tout droit de notre moyen-âge, regardant avec étonnement l’imbroglio de ces constructions. Et pour finir nous logeons au bas du village dans une de ces maisons. Le repas est pris dans l’unique pièce faisant office de salle à manger, cuisine, chambre à coucher, dont le centre est occupé par une espèce de poêle à bois pas plus haut qu’une trentaine de centimètres. Suspendu au-dessus de ce poêle, de la viande de yack ou de chèvre est mise à sécher. La couleur foncée de certains morceaux indique qu’il doivent sécher depuis les dernières glaciations, pas étonnant que nous croisons tant de népalais édentés. Quelle ambiance !!!

LE CAMP DE BASE

Jeudi 17 octobre, au petit matin, nous quittons Phu pour entamer la montée au camp de base. Nous progressons en suivant un petit torrent et en croisant de magnifiques yacks. Au détour d’un promontoire, il nous apparaît enfin, et même si nous ne le reconnaissons pas encore comme il se doit, il nous en impose, il est splendide, étincelant de blancheur, dressé tel un géant vers le ciel, emmitouflé de quelques volutes blanchâtres pour adoucir sa hauteur. Quel morceau ! Il mérite d’être nommé dès à présent : HIMLUNG HIMAL, notre objectif, notre but vers lequel nos pensées convergent depuis plus de deux ans, notre rêve, notre espoir, et notre stress aussi.  Si Phu était un village du bout du monde, éloigné de tout, que dire de l’emplacement de notre camp à 4850 mètres. Pas moins de 5h30mn seront nécessaires pour atteindre ce vaste pâturage recouvert d’une dizaine de centimètres de neige, ce qui lui confère un charme indéniable. Deux expéditions sont déjà sur place. Quel spectacle que de voir arriver nos mules lourdement chargées sur ce tapis blanc déroulé sous leurs pattes. Au cours de cette marche d’approche, notre caravane aura tout de même perdu cinq chaises et la tente toilette. Le camp est rapidement monté, nous prenons ce qui va désormais être nos quartiers de repos et de confort au retour des camps d’altitude. Une surprise de taille nous attend  au dîner, notre tente mess est chauffée grâce à un appareil alimenté par une bouteille de gaz. Mulal ne fait pas les choses à moitié !

CEREMONIE RELIGIEUSE

La nuit n’a pas été bonne pour tout le monde, mais ce matin nous avons droit à la venue d’un Lama, qui va célébrer une cérémonie religieuse à notre intention, à la réussite de notre ascension. Le tintement de la clochette de son cheval nous annonce son arrivée et avant de passer à la célébration un petit déjeuner s’impose. De prime abord nous sommes un peu septique et légèrement moqueur quant au bien fondé de cette pratique, mais très vite nous allons être captivé, voir impressionné au fur et à mesure du déroulement  de cet office.

Un autel de pierre a été dressé dans notre camp, nous sommes conviés à y déposer notre matériel, chaussures, piolets, crampons etc.. , Nos cuisiniers Tschilling et Maîla, ont déposé un plateau contenant des friandises, petits gâteaux, amandes, barres de chocolat, et autres douceurs, de l’encens, du thé, des coupelles contenant du riz, de la tsampa, ainsi qu’une bouteille de whisky. Notre Lama s’assied en face de l’autel, Bissan Sherpa allume un petit tas de branchages, y rajoute de l’encens, le tout disposé sur une pelle, et va faire trois fois le tour de notre campement, pendant que le Lama récite ses premières prières. Kharma Sherpa qui a été éduqué pendant douze ans dans un monastère, se fait l’assistant empressé et plante un mas de quatre mètres de hauteur au milieu de l’autel, y accroche des drapeaux de prières et les dispose suivant les directives très précises du Lama. Mulal nous apprend que la direction de ces drapeaux est censée dirigée les avalanches loin de nous. L’inscription en népalais de la date de naissance de chacun d’entre nous est collée sur un drapeau. Nous lançons trois poignées de riz en direction du sommet et sommes invités à manger les friandises et boire du whisky. Une légende dit que le survol de la cérémonie par un choucas est un bon présage pour la réussite de l’ascension. A notre grand étonnement un de ces oiseaux vient se percher sur le mât de notre autel et nous observe pendant de longues secondes. Cela ne peut être qu’un signe du ciel, sinon je me fais moine !!!

Tout ému que nous sommes, le Lama nous fait agenouiller devant lui et nous passe une fine cordelette multicolore autour du cou, tout en poursuivant ses incantations et intercessions.

Après le déjeuner, accompagné de Didie et de Pascal, nous chaussons pour la première fois nos grosses chaussures d’expé et grimpons sur l’arête enneigée jusqu’à l’altitude de 5150 mètres. Un peu d’acclimatation après l’émotion !

MONTEE AU CAMP 1

La météo est toujours maussade, la température matinale avoisine les – 10°c, qu’à cela ne tienne, les choses sérieuses débutent aujourd’hui. Dès après le petit déjeuner, nous nous équipons de pied en cap, nous chargeons le maximum d’affaires dans nos sacs et après une photo de groupe devant le grand panneau de notre expé, le départ est donné. En passant devant notre autel de prières, nous n’oublions pas de lancer trois poignées de riz en direction du sommet. La montée ne présente pas de difficulté technique, juste un peu longue et fatigante pour nos organismes encore mal acclimatés à de telles altitudes. L’emplacement  du C1 devait se situer à 5400 m, mais nos népalais ont décidé de pousser un peu plus loin, à l’altitude de 5500 m. L’expédition allemande a dressé son camp encore 50 mètres plus haut, à un quart d’heure de marche.  Nos sherpas déblaient la neige et montent le camp pendant que nous prenons un petit repas. Nous remarquons et apprécions le courage et la volonté au travail de Zeet Gurung le jeune porteur, étudiant de 16 ans, embauché par Mulal pour se payer ses études. A chaque montée au C1 il nous accompagnera pour se mettre à notre service. Chapeau jeune homme !

Pas questions de passer la nuit à 5500 mètres, nous redescendons dormir à notre camp de base. La journée du lendemain se passe à jouer à la belote, nous en sommes devenu accroc, c’est un bon passe-temps, qui plus est, nous permet de rester ensemble tous les cinq. A ce sujet, l’entente de notre petit groupe est absolument géniale, nous passons vraiment de bons moments de camaraderie, égayer par des fous rires inoubliables.

CAMPS D’ALTITUDE

Le repos de la veille a été bénéfique, nous reprenons le départ pour la montée, mais aujourd’hui nous dormirons au C1. Entre-temps nous avons appris qu’un léopard des neiges rode autour des camps, il a déchiré des affaires dans le camp allemand, à la recherche de nourriture. Le cheminement est nettement moins fatiguant qu’il y a deux jours, nos organismes s’acclimatent. C’est un ouf de soulagement que nous poussons en arrivant au C1, les traces de pattes du léopard sont visibles, mais il n’a pas sévi dans nos affaires. C’est tout de même avec un peu d’anxiété que nous nous glissons dans nos sacs de couchage, bien au chaud. Nous passons d’ailleurs une bonne nuit, et tout ce petit monde est en forme au réveil.

Aujourd’hui nous allons véritablement goûter à la très haute altitude. Nous chargeons de la nourriture dans nos sacs, qui du coup se font bien lourd, et départ pour l’emplacement du C2. Nos sherpas nous ont précédés, et vaillamment se fatiguent à nous faire une trace dans la neige profonde. Très rapidement l’inclinaison de la pente s’accentue et nous utilisons les cordes fixes. Je ne suis pas au mieux, et une envie tenace de tout rendre me soulève l’estomac. Néanmoins l’emplacement de notre futur C2 est atteint à 6050 mètres. La vue tout alentour est splendide, quel hauteur ! Nous déposons tout le matériel et la nourriture, ( le léopard ne va tout de même pas monter à une telle altitude ) et nous redescendons dormir au C1. Point besoin d’une berceuse pour s’endormir, la chaleur bienfaisante de nos sacs de couchage est largement suffisante. Bonne nuit !

Mercredi 23 octobre, nous voilà à nouveau dans nos traces de la veille pour une remontée au C2,avec le soleil pour témoin. Mon envie de rendre est passée, je me sens bien et mes compagnons aussi, nous sommes acclimatés pour l’altitude 6000. Bien sûr la montée est toujours aussi raide, l’effort physique est important, mais les automatismes sont acquis et nous décrochons et raccrochons notre poignée Jumar machinalement. De notre camp, la vue est magnifique, nous admirons tour à tour toute la chaîne de l’Annapurna, la queue de poisson du Matchaputchare, le Dauhlaghiri, le Nilgiri, tout ce spectacle, rien que pour nos yeux. Que demander de plus pour cette journée ? Nous avons fait le plein de beauté, il ne manquait plus qu’un coucher de soleil rougeoyant sur toute cette blancheur. Notre astre du jour va nous offrir ce cadeau somptueux avant de se réfugier à l’ombre de ces géants. Pour notre part, il fait bon se réfugier dans nos tentes car la température chute et pas une corde, pas un mousqueton, pas une poignée Jumar pour la freiner ou la retenir. D’un commun accord, nous allumons nos réchaud, un par tente, et nous préparons notre repas du soir. Nous voici transformés en cuisinier, une soupe chaude, une platée de pâtes, un thé, et nous voici enfoncés au plus profond de nos sacs, pour une longue et bonne nuit.

RETOUR AU CAMP DE BASE

La nuit n’a pas été bonne pour notre amie Didie, elle est malade et a vomi plusieurs fois durant la nuit, le mal de montagne a fait son œuvre.

De toute façon il était prévu que nous redescendons au camp de base pour deux jours de repos. Quelques affaires sont laissées dans nos tentes et nous rejoignons notre camp de base, en espérant que Didie va récupérer.

Nous avons passé une bonne nuit, mais pour Didie ce n’est pas le top.

 Journée de repos, oui ! Ne rien faire, non ! Un petit sentier s’élève sur la colline en face de nos tentes et il nous invite en une petite promenade à travers roches et pâture, jusqu’à l’altitude de 5000 mètres. L’après-midi une petite sieste, puis une bonne toilette nous réconcilie avec l’hygiène, un peu délaissée ces derniers jours.

En soirée, Mulal nous réunis pour une nouvelle peu réjouissante. L’expé allemande est en contact avec un routeur, les prévisions météo sont des plus mauvaises pour toute une semaine. Soit la neige va tomber en grande quantité, soit le vent va souffler à 80 km/heure. Deux expés décident de lever le camp et de repartir. Mulal nous propose de passer encore une journée de repos et ensuite de quitter le camp de base pour effectuer un trek de remplacement vers un beau petit lac. Notre moral en prend un sérieux coup. Nous savons bien que c’est la montagne qui décide et nous ne sommes pas maîtres de la météo, mais tout de même, un trek vers un lac, aussi beau soit-il. Deux ans de rêves, de préparation, de travail, d’économie, deux ans à me coucher tous les soirs en laissant voguer mes pensées vers ce sommet tant convoité, deux ans pour admirer un petit lac !!!!!!!!!

Il y a de quoi passer une mauvaise nuit et sans MAM !!!

BRANLE BAS DE COMBAT AU CAMP DE BASE

Samedi 26 octobre, 7 heures du matin. Je me lève pour satisfaire un besoin pressant. Au-dessus de ma vieille tête qui blanchie, un ciel tout bleu me nargue. Certes le vent s’est invité dans notre camp, mais ce n’est pas suffisant pour me pousser en direction d’un beau lac. J’interpelle Mulal qui m’observait de l’intérieur de sa tente.

-Mulal, il y a du vent, mais il fait beau, on fait nos sacs et on monte aux camps d’altitude !

-         Aujourd’hui ? mais c’est jour de repos ! Et le mauvais temps !

-         A force d’attendre, le mauvais temps va finir par venir !

-         Comme tu veux, on part après le déjeuner !

-         Ok, on va monter d’un camp par jour et si le mauvais temps arrive, on redescend le tout d’une traite.

-         D’accord !

Inutile de vous décrire la fébrilité qui règne au camp. Mes compagnons ne se font pas prier pour préparer leurs affaires, il n’y a pas d’avis contraire.

ON Y VA

Le déjeuner est pris vers 11 heures, nos sacs sont bouclés, nous partons pour le camp1. Didie a pris la sage décision de rester au camp de base, même si son état s’est amélioré, les suites de sa nuit au C2 sont encore visibles. Risquer un œdème dans ces conditions n’a pas de sens.

Il faut du courage pour renoncer, surtout quand on a une condition physique comme tu en a une, alors bravo Didie, ta décision a du être difficile à digérer, mais c’était la bonne !!!

En arrivant au C1 les traces du léopard se sont multipliées, mais elles ne nous empêcheront pas de dormir.

Dimanche 27, montée au C2. Rien de spécial à relater pour cette journée, nous sommes tous les quatre en forme et connaissons le cheminement par cœur. Le ciel est d’un bleu limpide, le vent souffle très fort, il ne fait pas chaud du tout. Un petit rire me traverse en nous regardant prendre notre repas du soir. Le réchaud et la gamelle contenant notre repas se trouve dans l’auvent, nous sommes agenouillés dans la tente, la tête à l’extérieur, dans l’auvent,  essayant de manger, comme deux gentils toutous !!! Quelle photo !!! inoubliable !!!

Lundi 28. En face de nos tentes, un tronçon d’une trentaine de mètres, raide à souhait, attend nos crampons. Nous n’allons pas le faire languir, et s’il nous a impressionné, nous le franchissons rapidement. Nous sommes en route direction le camp 3, c’est la première fois que nous empruntons ce tronçon. Le vent a encore forci, nous sommes emmitouflés à qui mieux, la température est très basse et nous ne voulons pas risquer de gelures. Le cheminement n’est pas très physique, nous prenons le temps d’observer le paysage  tout autour de nous. Mulal et nos sherpas sont déjà à l’œuvre et creuse les emplacements de nos tentes. Aucune autre expé n’est encore sur les lieux, seules nos trois tentes désormais montées, claquent au vent furieux. Pas besoin de nous prier pour nous réfugier à l’abri de nos toiles. Le réchaud est allumé, nous voici à nouveau transformer en chef cuistot, ce qui n’est pas une mince affaire à 6400 mètres, en sachant que pour faire fondre la neige et la porter à ébullition il faut compter environ une demi-heure, autant pour l’eau chaude de la vaisselle, et autant pour le thé.

Mardi 29. Malgré l’altitude, la nuit à été bonne, pas de maux de tête, ni d’envie de tout rendre, mais par contre nous n’avons pas d’appétit. Aujourd’hui c’est jour de repos, pendant que notre équipe népalaise prépare le terrain pour demain. Il ne leur faut pas moins de 6 heures pour faire la trace jusqu’à la face sommitale, enfoncés jusqu’au nombril. Je fais une petite sortie sur l’arête, histoire de me familiariser avec cette montée qui se fera de nuit, Pascal en fait autant et pousse plus loin. Tout au long de la journée, plusieurs expé nous ont rejoint et campent à proximité immédiate. Cet emplacement est absolument magique, je suis extasié et profite pleinement de la vue somptueuse sur les sommets environnants, mais ce qui m’impressionne le plus c’est la double arête que nous allons franchir cette nuit, et plus encore, les 800 mètres de la face sommitale. Cette face est une montagne à elle seule, quelle allure, étincelante au soleil, fièrement dressée face à nos tout petits abris, narguant de sa hauteur toute montagne alentour, défiant par sa raideur les petits hommes minuscules que nous sommes. La blancheur de son impressionnante arête effilée, que nous allons longer, tranche avec le bleu profond du ciel. Elle nous attend patiemment, sûre de sa force immobile, arrogante envers son compagnon le vent, inébranlable face à ses assauts répétés, et qui sait, peut-être magnanime envers ces hommes qui aimeraient tant fouler sa tête.

Notre guide, toujours en proie à ses douleurs de calcul rénaux, redescend au camp de base, il nous confie à ses trois sherpas, auxquels nous faisons entièrement confiance.

Une soupe et deux petits fromages, voilà notre dîner, rien d’autre ne passe, mais nos sacs de couchage nous accueillent volontiers.

LE SOMMET

Mercredi 30 octobre, 1h30mn du matin, voici venu le moment tant attendu, tant espéré, tant désiré. Pas le temps, pas envie, de prendre un petit déjeuner, nous nous équipons dans le froid nocturne, sous une voûte céleste constellée d’une myriade de diamants, scintillants d’une froide lumière blanchâtre. Le vent à encore forci, il souffle par rafales sur notre petit groupe silencieux. Peu après deux heures, le signal du départ est donné, nous ne sommes pas seul, plusieurs équipes en font autant, maintenant que la trace a été faite par nos sherpas ! Les 50 mètres de dénivelée positive de la double arête sont franchi rapidement, son passage en dévers est sécurisé par une corde fixe. Une longue descente d’environ 150 mètres nous mène au col, à environ 6350 mètres. Une petite pause, le temps d’avaler quelques gorgées de thé, nous voici dans cette fameuse face, mousquetonner sur la corde fixe quand c’est nécessaire. Le froid est mordant, nous nous protégeons au maximum, il faut quitter une moufle à chaque relais et la remettre immédiatement. La nuit et son cortège  d’étoiles à enfin céder sa place à la clarté de notre disque de lumière, et si sa luminosité ne nous réchauffe guère, elle a le mérite de nous éclairer. La lenteur de notre progression est inversement proportionnelle à la cadence de nos respirations, mais nous progressons, sans à-coups, régulièrement. Au-dessus de nos têtes, le vent chasse de petits bancs de nuages, qui filent en épousant la forme de la cime leur faisant barrage.

La voix de Vincent s’élève derrière moi : Encore vingt mètres !!!

Plus que vingt mètres ??? Ou encore vingt mètres ??? Réponse difficile, mais enfin, je franchis la brèche donnant accès au bonheur. En réalité, le sommet est une arête d’une dizaine de mètres en dévers assez dangereux. Plus rien ne retient le vent des cimes, aucune montagne pour lui faire barrage, aucun obstacle pour briser sa force titanesque, il s’époumone de toute sa vigueur, balayant et soulevant la neige. Nous sommes un peu groggy par l’altitude, le drapeau tricolore surgit du sac de Jean-Jacques pour une série de photos. Je me déplace d’un bout à l’autre du sommet, je veux voir le Tibet, mais je reviens vite côté népalais, la vue y est nettement plus belle, les montagnes plus hautes, plus arrogantes, plus effilées, plus sauvages. Tout au fond, la vallée se devine, quelle hauteur !!!  Rapides accolades, sourires de joie, quelques pensées et questions… et Kharma nous pousse gentiment vers la descente. Je suis un peu frustré, le temps passé là-haut m’a semblé si court, mais je comprend que le risque de gelure est trop important, nos sherpas ont l’expérience de ces situations, et nous obéissons sans broncher. La descente ne pose pas de problème particulier mais elle est éprouvante, nous ressentons la fatigue et le manque de nourriture. Arrivé au col je m’assied dans la neige pour boire deux gobelets de thé et manger quelques petits biscuits, car en face de nous se dresse la double arête qu’il va falloir remonter. Elle semble interminable, sans aucune difficulté, mais interminable. Enfin nous apercevons avec un ouf de soulagement notre camp, qui nous semble tellement accueillant après tant d’efforts. A peine arrivés, nos sherpas nous offrent de l’eau chaude, que nous buvons sans nous poser de questions, ils nous auraient offert autre chose…nous l’aurions bu de la même manière.

Un choucas survole notre camp, tiens, tiens…

Il est environ 16h30mn, nous terminons cette journée par un petit thé, et vite, très vite, nous plongeons dans nos sacs de couchage. C’est en criant, pour couvrir le bruit du vent, que nous nous envoyons des félicitations d’une tente à l’autre. Je m’octroie une petite rêverie avant que le marchand de sable se charge de clore cette journée mémorable, inoubliable, graver à jamais dans nos mémoires. Elle rejoindra d’autres journées rangées dans le précieux tiroir de notre fabuleuse armoire à souvenir.

DESCENTE AU CAMP DE BASE

La nuit à été longue et bienfaisante, la température est glaciale, tout a geler dans notre tente. Il est temps de nous équiper pour la descente, mais auparavant j’admire une dernière fois ce spectacle grandiose dans la lumière matinale. Je salue avec respect et humilité cette montagne, cette superbe face sommitale, cette arête lancée en plein ciel. Je me détourne avec un pincement au cœur et nous entamons la longue descente, avec un arrêt au camp 2 pour récupérer nos affaires.

En arrivant un peu au-dessus du camp1, une silhouette accourt et s’élance dans nos bras. C’est notre amie Didie, pleurant de joie, qui nous félicite tour à tour, quelle émotion ! Nous avons du mal à retenir nos larmes, je pense même que nous ne les avons pas retenues. Un peu plus bas c’est Mulal et tous les Népalais qui étaient restés au camp de base, qui nous accueillent avec joie. Les félicitations pleuvent, c’est l’euphorie, je crois que ce n’est qu’à ce moment que nous réalisons vraiment ce que nous avons réussi. Une bonne citronnade bien chaude nous est offerte, Quel bonheur !

Le grand panneau de notre expé se déroule comme par miracle pour une série de photos du groupe. Au camp de base, le téléphone satellite circule de mains en mains, nous pouvons enfin rassurer nos familles inquiètes et les informer du succès de notre expédition.

Nul besoin de nous faire violence pour rejoindre nos petits abris de toile, et dans la douce chaleur de sacs, nos pensées vagabondent et s’évadent tout là-haut…

POULET ET BIERE

Vendredi 1er novembre, journée de repos. Au petit déjeuner, la discussion est animée, nous apprenons que deux expéditions, dont les Turcs, ont lever le camp par peur du mauvais temps et que l’hélico est venu chercher deux Américains. Il doit d’ailleurs revenir ce matin chercher un Allemand qui a des gelures aux mains. Par la même occasion cet hélico va nous rapporter un poulet et de la bière de Katmandou, afin de fêter dignement notre succès. Nous en restons bouche bée, voilà encore une sacré initiative de notre ami Mulal, toujours prêt à se plier en quatre pour nous faire plaisir. La journée est mise à profit pour faire un peu de lessive et une toilette méritée. Il y a longtemps que je ne me suis plus regarder dans un miroir ; Quelle touche, j’ai failli me faire peur, les cheveux coiffés par un pétard, une barbe blanche de père Noël, et je ne vous parle que de ce qui est visible…

Enfin nous reprenons notre intense activité physique, délaissée depuis de nombreux jours. Nos cerveaux, ou plutôt les neurones restants ( en faible quantité ) sont mis à rude épreuve. Nos bras produisent un effort soutenu, nos coudes s’éraflent violemment sur la table, nos doigts soufrent le martyr, mais courageusement nous continuons plusieurs heures durant à abattre nos cartes : Belote et rebelote, atout cœur !!! Afin de ne pas faiblir dans cette activité épuisante, de notre main libre, nous portons régulièrement à notre bouche, quantité de  rondelles de saucisson et cubes de gruyère.

Au club alpin, nous sommes du genre multi-activités, des sportifs accomplis quoi !!!!!!

DESCENTE SUR PHU

Cette fois ça y est, dès après le petit déjeuner, nous commençons à plier bagages. Le gardien de yacks qui loge  avec deux autres compères dans la bergerie vient faire son marché chez nous. Il enfourne tour à tour, saucisse, pâtes, fromage, dans sa bouche ou dans l’échancrure de son manteau. Il est très difficile de ne pas confondre les deux ouvertures, aussi édentées, aussi accueillantes, aussi propres, l’une comme l’autre !!! Il récupère d’ailleurs tout : allumettes, sachet plastiques, kérosène etc…Rassurez vous il ne range pas tout dans la même ouverture !

Les mules sont chargées, nous quittons ce qui a été un havre de paix pour nous, nous y avons passés des moments de grande camaraderie. Je me retourne plusieurs fois, que de souvenirs…

A Phu, nous logeons à nouveau dans le même lodge enfumé et prenons notre dîner dans cette pièce à tout faire, accompagné du brouhaha des Népalais assis autour du feu, lieu de rassemblement.

LA MARCHE DU RETOUR

Notre longue étape de ce 3 novembre, nous fait traverser les magnifiques gorges de Phu, elles sont vraiment sauvages et forment un obstacle important à toute migration du bas de la vallée.

C’est à Kiang, à la sortie des gorges, que nous déjeunons d’une soupe chinoise préparée devant nos yeux attentifs. Le chemin est encore bien long jusqu’à Meta, mais devinez ce que nous y trouvons : Eh oui ! Une énorme assiette de pâtes, accompagnées de frites ( on aura tout vu ) et en plus une grande bière. Nous logeons dans un lodge pimpant neuf avec toit en tôle, mais aujourd’hui il ne pleut pas comme à l’aller, alors on s’en f..

Encore une longue journée de marche et nous arrivons à Koto, sur le tour de l’Annapurna, avec son cortège de marcheurs, avec ce que l’on appele la civilisation.

ON LOGE CHEZ L’HABITANT

Mardi 5 novembre, après avoir emprunté un tronçon de ce tour, Mulal nous engage dans un étroit sentier ascendant qui nous mène dans le petit village d’ODAR, à l’écart du chemin touristique. C’est un village Gurung, desservi uniquement par un sentier, ses ruelles ne permettent pas de se croiser sans se pousser. Nous allons loger chez l’habitant, séparément, mais auparavant nous assistons à la réunion de comité tenue par les femmes. Il s’agit de savoir qui va héberger qui. D’après la longueur des palabres, la question ne doit pas être aussi simple. Cela nous laisse le temps de prendre quelques belles photos. La répartition est faite, Jean-Jacques et moi sommes accueillis par une belle jeune femme qui nous conduit jusqu’à sa maison. Notre chambre se situe dans une construction sur le toit de la maison d’habitation. Pour y accéder, il faut emprunter un tronc d’arbre adossé au mur et dans lequel un semblant de marches y a été taillé. Elle est petite, mais propre, ses murs sont tapissés de journaux, ce qui semble être la fierté du propriétaire, qui n’a pas du boire d’eau depuis un moment. Nous rejoignons l’unique pièce à tout faire de la maison, mais pour passer la porte et longer le couloir, il faut garder tête baisser. Le plafond culmine à environ 160  centimètres d’altitude ! Une vision d’un autre âge. Le papy de 93 ans nous convie à s’asseoir à côté de lui, autour du poêle à bois. Tant bien que mal nous engageons la discussion, ce qui n’est pas facile, pas uniquement à cause de la barrière de la langue, mais plutôt par l’épaisseur de la langue des hommes présents. Le cousin qui tient un peu mieux sur ses jambes que le mari, ( surtout quand il est assis ) nous accapare de ses questions, puis il décide de nous emmener visiter sa maison, pendant que la maîtresse des lieus prépare le repas. Malgré sa démarche chaloupé, il ne trébuche pas sur les nombreux cailloux et nous fait entrer chez lui. Il nous explique qu’il est très heureux de vivre ici et qu’il ne voudrait pas vivre en ville. Sa femme légèrement moins pompette que lui, tient absolument à nous faire boire un verre. Jean-Jacques retient son rire pendant que je goûte au breuvage, c’est pas qu’il est mauvais, il est tout simplement infect, de l’alcool à brûler mélanger à de l’eau, mais la brave dame semble bien l’apprécier, car elle ingurgite un verre en moins de deux. Le beau-frère ( c’est vrai je l’oubliais ) est totalement paf, il ne se lève plus et n’articule plus, mais il approuve du chef tout ce que nous disons. Au fait, je pense que vous avez devinez que la moitié des hommes du village, ( et quelques femmes ) sont dans cet état. Bien entendu aujourd’hui est à nouveau jour de fête religieuse, ce qui excuse ces petits excès. Ce n’est tout de même pas leur faute s’il y a tant de jours fériés dans l’année !

En compagnie de cousin nous rejoignons notre logis et goûtons à l’excellent repas que nous a préparé notre belle maîtresse de maison, pas pompette du tout, mais très souriante.

Ensuite arrive le moment d’aller aux toilettes, j’ai autant de mal à vous l’expliquer que d’y aller. Faisons simple : Il faut descendre le fameux tronc d’arbre, ( attention grand danger ) prendre un étroit passage boueux et bouseux, pousser la vache, chasser poules et coq, longer une, voir deux maisons, traverser un jardin, escalader un muret d’un mètre de haut et vous apercevez la cabane à dix mètres. Attention à ne pas avoir la Schnell –Catherine !!! Et encore ne nous plaignons pas, Vincent qui utilise la même cabane, voit son parcours rallongé et parsemé d’embûches supplémentaires. Il ne résistera pas à la tentation de filmer ce parcours du combattant.

Toute cette animation ne nous a pas empêché de passer une bonne nuit. C’est de bonne heure que nous gravissons le sentier jusqu’au point de vue sur le Manaslu et par la même occasion, nous admirons le vol majestueux de deux aigles. Descente jusqu’à notre maison d’accueil, tout le monde est bien rétabli et après le petit déjeuner nous quittons nos familles d’accueil si souriantes et sympathiques. C’était vraiment une belle expérience que nous venons de vivre, très rustique certes, mais nous avons su apprécier la gentillesse, la sympathie, les sourires de nos familles d’accueil respectives, encore une bonne idée à mettre à l’actif de Mulal.

En une demi-heure de descente, nous rejoignons le village de Dharapani et une voiture 4*4 censé nous transporter jusqu’à Bhulbhule. Hélas point de 4*4, il s’est renversé près du village de Tal et c’est à pied que nous continuons pendant plusieurs heures. La suite n’en est pas moins sportive, comme le 4*4 de remplacement n’arrive pas, nous empruntons en stop un véhicule qui ressemble à un transport de bestiaux. ( avec nos barbes nous ressemblons à ces vieux yacks croisés en chemin ) Il faut bien s’accrocher pour ne pas être éjecter du véhicule.

( pauvres bêtes ) Mais tout fini bien, nous retrouvons notre voiture qui nous transporte à destination et le lendemain nous filons en bus jusqu’à Katmandou.

L’hôtel Manaslu et son confort nous accueille pour deux nuits de repos.

Melle Honney ne nous a pas oubliés et a dépêché son assistant pour mener son enquête sur le déroulement de notre ascension, et ce dans le moindre détail. Tous ces renseignements seront consignés dans un registre aux Etats-Unis, et mis sur une base de donnée en 2014. 

Comme à son habitude Mulal nous offre un super dîner dans un restaurant tibétain. La température est douce, nous préférons rester dans le jardin et apprécions cette excellente cuisine.

La journée du lendemain est mise à profit pour de petites visites et pour de menus achats, qui feront le bonheur de nos familles. Mulal m’emmène sur sa moto au ministère de la culture, pour la signature des différents documents attestant de la réussite de l’ascension et du respect des consignes. 

Arrive le moment que j’attendais avec impatience, Mulal a fait venir de son village de Laprak, les trois filles dont Gaby, Marc, et moi-même sommes les parrains et marraine. Nous nous sommes engagés pour cinq ans à leur offrir la possibilité d’aller à l’école. Elles sont ravissantes nos Kanshé, Lalita, et Saîlé, nous sommes tous très émus, et elles le sont encore bien plus que nous à être accueillis dans ce bel hôtel. Nous emmenons tout ce petit monde pour un repas sympathique. C’est la première fois de leur vie qu’elle mange dans un restaurant et ont du mal à se servir d’une cuillère. Elles passent une belle soirée en notre compagnie, gageons qu’elles ne seront pas prêtes de l’oublier.

FIN D’UNE BELLE AVENTURE

Nous sommes le 10 Novembre, l’heure du départ approche, nos trois compagnons qui prennent un vol quelques heures avant nous sont sur le départ. La séparation est difficile mais pas définitive, les promesses de retrouvailles fusent et seront respectées. Mulal viendra nous voir en janvier.

Jean-Jacques et moi quittons Katmandou vers 14h30mn.

C’est la fin d’un beau rêve qui s’est fait réalité, la fin d’une belle aventure, pas la fin d’une belle amitié.

Nous garderons en mémoire le dévouement et la sympathie de toute notre équipe népalaise, la compétence de notre guide et de nos sherpas, sans qui, tout cela n’aurait pas été possible.

Deux ans de rêve et de préparation, ainsi que cinq semaines d’efforts se terminent.

Mètre après mètre nous avons gravi cette montagne, camp après camp nous avons progressé, fatigue après fatigue nous avons supporté, et dix minutes au sommet nous sommes restés.

Dix minutes sur une arête balayé par le vent glacial, dix minutes entre neige et ciel, dix minutes de bonheur, dix minutes à ne pas comprendre, dix minutes, où une éternité ?

Qu’avons nous été cherché la-haut ?

Qu’avons nous fait la-haut ?

Qu’avons nous perdu la-haut ?

Quelle partie de nous, avons nous laissé la-haut ?

Qu’avons nous trouvé la-haut ?

Ecoutez bien, la réponse est peut-être dans le vent des cimes…

FRANCOIS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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